Les mots sont durs, et les phrases tranchantes. Je remets le nez dans mes débuts d’écriture, arrivé en prépa, automne 2007. Et je me redécouvre. J’ai 17 ans et six mois quand j’écris pour la première fois qu’il est éventuellement possible que ma vie ne ressemble pas à celle des autres. Mais c’est dur.
“Je sais que je n’irai jamais dans des boîtes gay pour me trouver un mec. Argh, un mec. C’est vraiment bizarre à dire. Ca me tue de devoir porter ça alors que j’ai rien demandé.”
Relire tout ça me rappelle un schéma psychologique découvert il y a longtemps, qui expliquait que face à une épreuve, l’Homme réagissait suivant cinq stades :
Le déni,
La colère,
La négociation,
La dépression,
La résignation.
Je n’ai pas oublié ce schéma au moment de mon acceptation, et il a été très dur d’admettre que je le suivais à la lettre. C’est très désagréable, et troublant, de se rendre compte que quelqu’un qui ne connaît pas votre existence sait exactement comment vous réagissez face à un problème. Mais en effet, je me relis, et je les reconnais, les cinq phases. Le déni, qui m’a poussé à croire que j’étais encore amoureux d’une fille avec qui j’étais à peine sorti huit mois plus tôt. La colère ensuite : pourquoi moi, j’ai rien demandé à personne. La négociation : “Si mon rêve c’est l’hétérosexualité, le couple stable et les gosses, alors pourquoi pas. J’ai le droit de faire ce que je veux de ma vie. Ce sera sans doute plus dur que pour les autres, mais en se donnant les moyens…”
Et puis un gros coup de déprime : “De la souffrance. Je suis en plein dedans. Il faudra en sortir un jour, et parler à quelqu’un est sûrement une voie de guérison.” Je me voyais comme “un être qui se cherche. Torturé. Et seul.” Février 2008.
Je rajouterai que, bien évidemment, manquer de confiance en soi n’arrange pas les choses. Mais ça amène des réflexions originales : “Coucher avec tout ce qui bouge sera difficilement envisageable avant la disparition de la voie TGV dentaire.”
Et enfin la résignation. Ce n’est pas très positif. Disons l’acceptation. Parce que déprimer seul dans son coin est un cercle vicieux en soi, un jour on en parle. Et on ne s’arrête plus. Me dire que c’est moi qui ai écrit toutes ces pages tristes, désespérées, déçues, me surprend. Le pire, c’est que j’avais la solution. Je savais qu’une fois les gens au courant, je n’aurais plus de mal à m’affirmer, à être plus sûr de moi, et à rencontrer des mecs. Mais je n’osais pas. Parce que nos bonnes vieilles valeurs, gros clichés et intimidantes institutions ne m’aidaient vraiment pas. Mais aussi parce que je n’avais pas une personnalité suffisamment forte pour assumer. Et ça, ce n’est la faute de personne…
J’ai parfois l’impression d’être un peu attardé. Quand j’entends ma soeur, 15 ans, me dire qu’un de ses amis sait qu’il aime autant les garçons que les filles, je suis épaté. Comment ai-je pû attendre tant de temps avant de m’en rendre compte?
Enfin, le passé est ce qu’il est, je sais que cette expression ne vaut rien, mais elle résume ma manière de voir les choses dorénavant : à quoi bon se torturer sur ce qu’on ne peut pas changer? Après tout, si on est tel qu’on est, est ce que ce n’est pas grâce à tout ce qu’on a fait, et pas fait? Et si ce qu’on est nous convient, pourquoi en vouloir à son passé?